Comment parler des attentats aux enfants. ©Istockphoto.

Comment parler des attentats avec vos enfants

Suite aux attentats meurtriers qui ont touché la France, la rédaction de Toboggan a interrogé Marie-Noëlle Clément, psychiatre, psychothérapeute et auteur de Comment te dire ? Savoir parler aux tout-petits, afin de savoir comment aborder ces drames avec nos enfants.

Certains parents préféreront peut-être éluder le sujet des événements du week-end dernier. Est-ce une bonne idée ?
La décision de parler ou pas d’un événement donné à un enfant dépend de l’importance qui lui a été donnée dans les médias, et aussi de ses résonances personnelles ou familiales. S’il est très médiatisé, alors il faut mettre des mots sur les images que les enfants verront forcément. De même si un événement mobilise beaucoup d’émotion chez les parents, il est capital d’expliquer de quoi cette émotion est faite, car les enfants peuvent s’en imprégner sans la comprendre et s’angoisser.

Faut-il attendre que les enfants nous en parlent ou prendre l’initiative du dialogue ?
Les enfants ne parlent pas spontanément de ce qui les préoccupe, sauf si l’habitude d’un dialogue familial est solidement ancrée. C’est-à-dire si les parents parlent spontanément de tout ce qui permet aux enfants de mieux comprendre le monde qui les entoure. À trop attendre qu’ils nous questionnent, nous risquons bien de passer à côté d’une discussion fondamentale avec eux !

Comment leur expliquer ce qui s’est passé ?
Les enfants ont tendance à imaginer le pire. Toutefois, dans le cas des attentats de Charlie Hebdo ou du week-end dernier, la réalité semble avoir dépassé tous les fantasmes ! Il faut donc leur donner des éléments de compréhension. On peut leur demander ce qu’ils ont perçu ou compris, et partir de leurs propres représentations, sans imposer des descriptions détaillées qui en seraient trop éloignées.

Quels mots choisir ?
Bien sûr, il faut demeurer simple pour être compris, mais il est important de parler des instances de régulation que sont la loi, la police, la justice. Il vaut mieux parler de violence ou de crimes interdits et punis par la loi (ou par la police, pour faire plus simple), que de laisser imaginer un monde où des « méchants » tueraient des « gentils » sans que nous n’y puissions rien.

Comment apaiser leurs inquiétudes ?
L’enfant doit se sentir faire partie d’une famille, et d’un pays, où les règles établies le sécurisent. Aussi, les actes symboliques sont très importants. Pour nous approprier les expériences que nous vivons, nous avons besoin de mots, d’images, mais aussi d’actes qui engagent notre corps et nos émotions. Et surtout, nous avons besoin de partager tout cela avec nos congénères. La minute de silence et la marche républicaine sont autant de moments qui permettent de « digérer » les effets sidérants produits par la violence des événements. C’est une manière de ne pas rester passif, de nous percevoir comme des personnes qui font des choses, et pas seulement à qui il arrive des choses. Les enfants doivent avoir la possibilité de participer aux événements qui fondent l’histoire de leur famille et de leur peuple.

Propos recueillis par Pauline Payen.

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